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Libération Ecofutur

Gil Burban, l’industriel à la tête de champignons

JUDITH CHETRIT 10 NOVEMBRE 2013 À 18:06

PORTRAIT / Cet architecte de formation élabore de nouveaux matériaux à base de mycélium.

Le nombre 58,55 est inscrit sur le mur d’une pièce vide où Gil Burban est sur le point d’être photographié, juché sur une échelle. «C’est la côte altimétrique», s’exclame-t-il. L’architecte de formation connaît bien cet indicateur dont la référence est le niveau de la mer. Depuis plus d’un an pourtant, il ne dessine plus de plans de bâtiments. Gil Burban a pris ses quartiers dans cette soupente sise au sein du nouvel incubateur du CentQuatre, à Paris, en tant qu’apprenti entrepreneur. Son projet : Polypop. Matière première : le champignon, ou plus précisément le mycélium - à savoir cet ensemble de filaments souterrains qui constituent la partie végétative du champignon. Drôle d’idée ? Gil Burban ne manque pas d’éloges à son sujet. Le mycélium est si abondant qu’il pourrait aider à dépolluer les sols et surtout à élaborer de nouveaux matériaux pour objets ou pour la construction.

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Novethic

BIOMIMÉTISME : LA NATURE AU SERVICE DE L'INNOVATION

Le 26 mars, le ministre de l'Ecologie présentait son projet de loi sur la biodiversité. Le potentiel économique de la nature, incarné par le biomimétisme, est mis en avant pour justifier le texte. Cette approche, basée sur une innovation qui s'inspire de la nature et des êtres vivants, propose une nouvelle voie en matière d'innovation. De grands groupes industriels, comme les pouvoirs publics, se sont déjà emparés du concept.

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Institut Inspire

Entretien avec Gil Burban, fondateur de POLYPOP Industries, lauréat du prix éco-innovation 2014

 
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photo Allar lab Icon

D'habitude, quand on parle de champignons, on pense plutôt "fricassée". Comment vous est venu l'idée de les mobiliser pour dépolluer les sols ?

La sérendipidité, c'est-à-dire le hasard créatif en somme, mais aussi une bonne dose de curiosité quant aux mécanismes du vivant.

Je suis architecte de formation et mon parcours est ancré dans une pratique concrète, systémique et pluridisciplinaire (CF. Collectif EXYZT dont je suis le co-fondateur), ce qui fait de moi quelqu'un plus intéressé aux processus qu'aux objets. Essayant de mimer la structure des champignons dans le sol (le mycélium) avec les outils d'un designer geek (imprimante 3d, modélisation paramétrique, algorithmes génétiques), je comprends vite que ces organismes eux-mêmes sont plus efficaces que mon hybridation technologique. Je passe alors du design à la biologie et je m'ouvre aux incroyables propriétés de ces organismes.

Parmi ces sidérantes capacités, je finis par saisir le rôle des champignons dans la nature: transformer la matière organique (le bois mort, les feuilles, les branches…) en éléments nutritifs pour les plantes.

C'est le principe de base de la dépollution par les champignons: ils "digèrent" le pétrole comme ils le fond avec le bois.

Quelle est votre vision, votre ambition pour Polypop ? A quelles applications futures pensez-vous ?

Les propriétés des champignons guident à présent le développement de Polypop, et les problèmes qu'ils solutionnent dans la nature sont autant de marchés que Polypop peut adresser à notre industrie.

Outre la dépollution de produits pétroliers, le panel des matériaux qu'ils dégradent est immense et les perspectives nombreuses (compostage fongiques, destruction de divers polluants, filtration d'effluents…). La liste des produits issus de notre activité humaine et qui sont incompatibles avec l'environnement est très longue.

Les champignons contrôlent aussi les populations bactériennes dans le sol et le cycle du phosphore, ouvrant la possibilité de les utiliser pour remplacer pesticides, herbicides et produits phytosanitaires.

De même, leur réseau dans le sol maintient la terre en mottes compactes, définissant ainsi un processus pour agglomérer des matériaux totalement biologiques et recyclables (CF Ecovative).

Historiquement, les champignons sont les premiers à être "sortis de l'océan" il y a 400 Millions d'années. Ils jouent donc un rôle majeur dans la réhabilitation d'éco-systèmes endommagés, ce qui est le cas de presque l'intégralité de notre environnement. Les adaptations qu'ils ont connues depuis cette époque les ont rendus presque omnipotents: ils sont les pharmaciens de la forêt, les génies de la chimie verte. Tel est l'avenir de Polypop, si les hommes le veulent bien.

Pour la plupart des gens, la biodiversité, c'est des plantes, des animaux. Pour vous c'est quoi ? Et l'humain dans tout ça ? Maître et possesseur de la nature, ou symbiote de la biosphère ?

Le monde des champignons brouille les limites que nous tenons pour fermes entre les éléments que nous avons nous-mêmes séparés par le savoir et la technologie. Arbres, champignons, bactéries, et animaux forment un tout qui n'existe pas sans l'interaction qui les lie. Pas de forêt sans champignon. Cette interaction, c'est ce que nous appelons la Nature, et l'homme en fait partie. En tant qu'architecte, je crois que notre rôle est d'être les jardiniers amoureux de cette complexité.

Nous devons laisser derrière nous plus de vie que ce qui nous a été légué et mettre à profit ce que l'évolution nous a donné comme atout: la compréhension du tout et des parties. Une créativité foisonnante, généreuse et respectueuse. L'amour en somme.

 

Entrepreneur d'Avenir

Gil Burban, un architecte geek converti au biomimétisme

À découvrir - Mardi 7 Avril 2015

 

Architecte de formation, le fondateur de Polypop teste ses champignons destructeurs de métaux lourds sur un chantier d’Eiffage à Marseille. 


Les champignons de la start-up Polypop achèvent ses jours-ci de grignoter les métaux lourds sur le site d’une ancienne usine à gaz des quartiers Nord de Marseille. Séduit par le principe d’une dépollution à la fois naturelle, plus rapide (et donc moins coûteuse) que les méthodes traditionnelles, Eiffage Construction, qui y construit actuellement le programme de l’« îlot Allar », a en effet proposé à son fondateur Gil Burban un espace et un financement pour y tester sa solution à l’échelle 1. La mycoremédiation évite aux déchets de classe 1 (les plus dangereux) d'être envoyés en centre de confinement ou traités par procédé thermique, seule « solution » aujourd’hui connue. 

« Les tests en laboratoire ont donné de très bons résultats, mais pour sortir du labo et pénétrer sur le marché (potentiellement gigantesque) de la dépollution, il nous aurait fallu lever plusieurs millions d’euros », explique cet architecte de formation au parcours atypique. Diplômé en 2004, Gil Burban a ainsi co-fondé le collectif EXYZT (aujourd’hui dissous) en compagnie d’architectes, artistes et pirates informatiques, qui a notamment réalisé le pavillon français de la biennale d’architecture de Venise en 2006 sous l’égide de l’architecte Patrick Bouchain. 


Des algorithmes génétiques à la culture des champignons

Adepte du mouvement du « do-it-yourself » et des makers, Gil Burban s’était lancé dans l’élaboration d’algorithmes génétiques, avant de réaliser : « Ce que j’essayais de modéliser, la nature le faisait déjà, et beaucoup mieux », reconnaît-il. Et le voici passé des imprimantes 3D aux autoclaves, du design à la permaculture et au biomimétisme. « Au lieu d’exploiter la nature, il s’agit de s’en inspirer », résume-t-il pour expliciter cette façon d’innover que commencent à s’approprier les entreprises pour inventer des solutions plus « naturelles » de fabriquer des matériaux, produire de l’énergie, se déplacer, etc. Elles sont plusieurs à s’être regroupées au sein du CEEBIOS, qui prend ses quartiers à Senlis (Oise), dont Eiffage Construction, Interface, Saint-Gobain, la SNCF... Le centre européen d’excellence en biomimétisme compte parmi ses membres fondateurs des personnalités scientifiques (Gilles Bœuf, président du Museum d’histoire naturelle), laboratoires, pôles de compétitivité et associations. 


Identifier des opportunités de marché

Gil Burban, pour qui « comprendre ce qui se passe dans les 10 premiers centimètres sous nos pieds est plus complexe et passionnant encore que la lune ou le fond des océans », a créé Polypop en juin 2014, avec la volonté de croiser sa curiosité du vivant avec les opportunités de marché. « Pour aider la société à évoluer vers une économie bas carbone, il faut faire se rencontrer les problématiques environnementales et économiques et proposer de vraies alternatives ». 
Ce qui ne va pas sans rencontrer quelques obstacles. Le caractère transversal du projet initial (qui mixe microbiologie, agriculture et mise en œuvre sur le chantier) et la surface financière de l’entreprise, disproportionnée au regard des pénalités de retard que devrait verser un constructeur client de Polypop en cas d’échec, ont rebuté tous les assureurs consultés. Polypop a dû renoncer à faire de la prestation de service sur le chantier pour se mettre à produire et vendre les bactéries, et laisser les clients superviser la mise en œuvre in situ. Un changement de modèle économique à opérer en l’espace de 6 mois. 


Crowdfunding pour un projet pédagogique 

« C’est un peu comme de vendre des plats cuisinés au lieu de faire la cuisine », regrette Gil Burban. Polypop a donc entamé en Savoie la construction d’une unité de production à visées pédagogiques, capable d’accueillir aussi bien des enfants, des élèves de lycées agricoles ou des élus, afin de les sensibiliser aux valeurs de l’écologie, à la biodiversité et au biomimétisme. Outre le soutien de la banque et des fonds européens du programme KIC Inno, Polypop s’apprête à lancer une campagne de crowdfunding auprès de la plateforme BlueBees. Sous forme de don, car la start-up ne souhaite pas ouvrir son capital avant d’avoir déposé des brevets. L’équipe (deux associés et deux scientifiques à temps partiel), espère décrocher prochainement d’autres pilotes, notamment auprès d’une CCI d’Ile de France et d’une commune qui souhaite éviter la pollution de sa rivière par l’épandage agricole. 



Polypop Industries

Ceebios




Dominique Pialot et Pascal de Rauglaudre